Salaire de von der Leyen : 35 000 € affichés, mais aucune hausse décidée seule

Salaire de von der Leyen : 35 000 € affichés, mais aucune hausse décidée seule

Le salaire d’Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, est estimé à environ 35 000 euros bruts par mois. Ce montant alimente régulièrement l’affirmation selon laquelle elle se serait accordé une augmentation. En réalité, sa rémunération dépend d’une grille européenne, d’un pourcentage réglementaire et d’un mécanisme d’ajustement appliqué à l’ensemble de la fonction publique de l’Union.

Le montant du salaire d’Ursula von der Leyen

La présidente de la Commission européenne perçoit un traitement fixé par le statut des fonctionnaires de l’Union européenne. Sa rémunération correspond à 138 % du traitement de base d’un fonctionnaire européen de grade 16, échelon 3, l’un des niveaux les plus élevés de la grille administrative.

Avec un traitement de référence de 23 959,44 euros, ce coefficient conduit à un salaire brut mensuel proche de 35 000 euros. À titre de comparaison, le montant était d’environ 28 400 euros par mois en 2020. Cette évolution ne signifie pas que la présidente fixe librement sa rémunération. Elle reflète les ajustements successifs de la grille salariale européenne.

Élément Montant ou règle
Traitement de base de référence 23 959,44 euros
Coefficient de la présidente de la Commission 138 %
Salaire mensuel estimé Environ 35 000 euros bruts
Salaire mensuel évoqué pour 2020 Environ 28 400 euros bruts

Ce traitement brut ne correspond pas au montant effectivement perçu. Les rémunérations européennes sont soumises à un impôt communautaire et à des prélèvements spécifiques, notamment pour la retraite et l’assurance maladie. Une comparaison avec un salaire net national doit donc être faite avec prudence.

Une rémunération encadrée par une grille, pas par la présidente

Le rôle du grade 16, échelon 3

Le calcul ne part pas du poste politique occupé par Ursula von der Leyen, mais d’une référence administrative : le traitement d’un fonctionnaire de grade 16, échelon 3. Le règlement attribue ensuite un coefficient à chaque membre du collège des commissaires. La présidente reçoit 138 % de cette base, tandis que les autres commissaires et les vice-présidents se voient appliquer d’autres pourcentages.

Cette organisation évite qu’une rémunération soit négociée au cas par cas. Le poste est rattaché à une échelle connue, publiée et commune. La présidente ne peut donc pas modifier seule le coefficient, le grade de référence ou les règles de calcul de son salaire.

Le règlement européen comme cadre commun

Les règles applicables figurent notamment dans le règlement 2016/300 et dans le statut des fonctionnaires de l’Union. Les institutions ne redéfinissent pas ces montants à chaque changement de présidence. Toute modification structurelle suppose une procédure européenne impliquant les institutions compétentes, et non une décision prise seule par la présidente de la Commission.

Le montant versé dépend ainsi de plusieurs paramètres : les grades concernés, les coefficients applicables, le traitement de base et les prélèvements. Se concentrer sur le chiffre final de la présidente fait disparaître ce cadre réglementaire, qui concerne aussi d’autres catégories de personnels européens.

Pourquoi le salaire évolue d’une année à l’autre

Les traitements de la fonction publique européenne font l’objet d’un ajustement annuel. Celui-ci tient compte de l’évolution du pouvoir d’achat des fonctionnaires nationaux dans les États membres et de l’inflation constatée notamment à Bruxelles et au Luxembourg, où sont concentrées les institutions européennes.

Eurostat intervient dans le calcul des données utilisées pour cet ajustement. Le mécanisme est ensuite encadré au niveau institutionnel par le Conseil de l’Union européenne et le Parlement européen. Il ne s’agit donc pas d’une augmentation discrétionnaire réservée à Ursula von der Leyen. Son salaire évolue avec la grille à laquelle son traitement est rattaché.

  • Un ajustement annuel classique a été de 1,7 %.
  • Un ajustement exceptionnel a atteint 4,4 % en 2022.
  • L’inflation en Belgique a atteint 10,5 % en 2022, ce qui montre qu’un ajustement salarial ne correspond pas automatiquement au taux d’inflation observé.

Le mécanisme a aussi connu des exceptions. En 2020, un ajustement de 2,5 % a été suspendu avant d’être payé en 2022. Cette suspension entre 2020 et 2022 a généré 750 millions d’euros d’économies. L’ajustement repose donc sur des règles, mais son application peut être modifiée par des décisions institutionnelles. L’automaticité souvent évoquée dans le débat public ne signifie pas une absence totale de contrôle politique.

Rumeurs sur une hausse de 13 % : ce qu’il faut vérifier

Les publications virales regroupent parfois plusieurs hausses intervenues sur plusieurs années, puis les présentent comme une augmentation unique ou comme une décision personnelle de la présidente. La rumeur d’une hausse de 13 % accordée d’un seul coup à Ursula von der Leyen est trompeuse lorsqu’elle ignore la chronologie des ajustements et le fonctionnement collectif de la grille.

Pour vérifier une affirmation, il faut d’abord identifier la période comparée. Un écart entre le montant de 2020 et un montant estimé plusieurs années plus tard ne décrit pas une hausse annuelle. Il faut ensuite déterminer si le chiffre cité est brut, net, mensuel, annuel ou assorti d’indemnités. Enfin, il convient de distinguer une adaptation statutaire du traitement de base d’une décision politique d’augmentation.

Dire que le salaire est « automatique » est donc incomplet. L’ajustement repose sur une formule prévue à l’avance et appliquée à une population bien plus large que la seule présidente. Dire qu’elle « s’augmente elle-même » est faux : elle ne décide ni du cadre réglementaire ni des paramètres statistiques utilisés pour l’actualisation.

Mettre ce salaire élevé en perspective et contrôler les chiffres

Le salaire de la présidente de la Commission européenne est supérieur à celui de la plupart des responsables politiques nationaux. Cette différence s’explique par la nature du poste, qui dirige l’exécutif européen, par son niveau de responsabilité et par son rattachement aux plus hauts grades de la fonction publique de l’Union. La comparaison reste délicate : les chefs d’État et de gouvernement n’ont pas tous le même régime fiscal, les mêmes frais de représentation ni les mêmes avantages liés à leur fonction.

Le débat public sur ce niveau de rémunération est légitime, notamment dans un contexte de hausse du coût de la vie. Pour être pertinent, il doit porter sur le niveau de la grille européenne, ses critères d’indexation et la transparence des institutions, plutôt que sur l’idée erronée d’une hausse décidée unilatéralement.

Les documents les plus fiables sont accessibles sur EUR-Lex, qui publie les textes juridiques européens, ainsi que sur les pages institutionnelles de la Commission européenne. Pour contrôler un chiffre, recherchez le traitement de base applicable, le coefficient de 138 % et la date précise de l’ajustement évoqué. Cette méthode permet de replacer un montant élevé dans son cadre réglementaire.

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