Les PECO regroupent 11 pays, mais l’étiquette recouvre des réalités différentes

L’expression pays PECO désigne les pays d’Europe centrale et orientale engagés dans la transition postcommuniste puis, pour la plupart, dans l’intégration européenne. Elle aide à situer un ensemble historique et économique, mais ne décrit pas un bloc homogène : la Pologne, les pays baltes et la Croatie n’ont ni le même parcours, ni la même structure économique, ni les mêmes priorités géopolitiques.
PECO : que signifie exactement cet acronyme ?
PECO signifie Pays d’Europe centrale et orientale. L’expression s’est imposée à la fin de la Guerre froide pour désigner des États anciennement rattachés, à des degrés divers, au bloc de l’Est et engagés dans une transformation profonde après la chute du Mur de Berlin, en 1989, puis l’effondrement de l’URSS, en 1991.
Le terme est utilisé dans les domaines économique, politique, universitaire et commercial. Il permet de regrouper des marchés passés d’économies planifiées à l’économie de marché et rapprochés des institutions occidentales. Dans de nombreux cas, ce rapprochement a conduit à l’adhésion à l’Union européenne et, pour certains États, à l’adoption de l’euro.
Une notion utile, mais à manier avec précision
PECO n’est pas une catégorie géographique parfaitement stable. Selon les organismes, les études ou les périodes, la liste peut compter de 8 à 11 pays. Certaines définitions privilégient les nouveaux États membres de l’Union européenne issus de l’ancien bloc de l’Est ; d’autres retiennent un périmètre plus large de l’Europe orientale ou balkanique. Il faut donc vérifier la liste retenue dans un rapport, un appel d’offres ou une analyse de marché.
Le sigle sert de point de départ pour comprendre une expérience de transition partagée, sans préjuger de la situation actuelle de chaque État. Cette nuance évite de traiter ces économies comme un marché unique. Les langues, les systèmes fiscaux, les réseaux logistiques, la démographie et la monnaie peuvent varier fortement d’un pays à l’autre.
Les 11 pays PECO généralement retenus
Dans son emploi le plus fréquent, l’expression regroupe onze pays membres de l’Union européenne. Ils se situent entre l’Europe centrale, l’espace baltique, l’Europe orientale et le Sud-Est européen.
| Pays | Ensemble régional souvent associé | Année d’adhésion à l’Union européenne |
|---|---|---|
| Bulgarie | Europe du Sud-Est | 2007 |
| Croatie | Europe du Sud-Est | 2013 |
| Estonie | Pays baltes | 2004 |
| Hongrie | Europe centrale | 2004 |
| Lettonie | Pays baltes | 2004 |
| Lituanie | Pays baltes | 2004 |
| Pologne | Europe centrale | 2004 |
| République tchèque | Europe centrale | 2004 |
| Roumanie | Europe orientale | 2007 |
| Slovaquie | Europe centrale | 2004 |
| Slovénie | Europe centrale et balkanique | 2004 |
Cette liste de onze États est particulièrement utile pour analyser les élargissements de l’Union européenne. Elle ne correspond toutefois pas à l’ensemble de l’Europe orientale. L’Ukraine, la Moldavie, la Biélorussie et les pays des Balkans occidentaux peuvent apparaître dans des analyses régionales plus larges, sans appartenir systématiquement au périmètre des PECO.
De la fin du bloc de l’Est à l’économie de marché
Le point commun historique des pays PECO tient à leur place dans l’Europe de l’après-guerre. Après 1945, ils passent sous influence soviétique ou s’organisent autour de régimes communistes. Leurs économies reposent largement sur la planification : l’État pilote la production, les prix, les investissements et une grande partie des échanges extérieurs.
La rupture de 1989 et les transformations des années 1990
La chute du Mur de Berlin, en 1989, ouvre une phase de démocratisation et de recomposition économique. Les pays concernés mettent en place des élections pluralistes, réforment leurs administrations et transforment leurs entreprises publiques. La transition vers l’économie de marché passe par des privatisations, l’ouverture au commerce international, la création d’un secteur bancaire moderne et l’adaptation des règles juridiques.
Ce passage n’est pas linéaire. Les réformes entraînent parfois du chômage, une hausse des inégalités et des incertitudes sociales. Elles produisent aussi des trajectoires nationales contrastées : certains pays attirent rapidement des investissements étrangers et développent une industrie exportatrice, tandis que d’autres connaissent une modernisation plus progressive ou plus heurtée.
Pourquoi la géographie ne suffit pas à les définir
Les PECO ne forment pas une aire culturelle unique. Les trois pays baltes entretiennent une relation particulière avec l’espace nordique et la Russie. La Pologne forme un grand marché d’Europe centrale. La Slovénie, la Croatie, la Bulgarie et la Roumanie présentent des liens historiques et géographiques avec l’Europe du Sud-Est.
Le terme renvoie donc moins à une identité commune qu’à une séquence historique : sortie du communisme, reconstruction institutionnelle et rapprochement européen. Cette origine commune n’efface ni les différences politiques, ni les écarts de développement, ni les choix propres à chaque pays.
L’Union européenne, moteur d’intégration et de convergence
L’adhésion à l’Union européenne a marqué un tournant. En 2004, dix pays rejoignent l’UE, dont huit généralement classés parmi les PECO : l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie et la Slovénie. La Bulgarie et la Roumanie suivent en 2007, puis la Croatie en 2013.
Le processus d’adhésion ne se limite pas à une décision politique. Il suppose l’adoption de nombreuses règles européennes relatives à la concurrence, aux marchés publics, à la justice, à l’environnement, à la libre circulation et à la protection des consommateurs. Les fonds européens soutiennent aussi des infrastructures de transport, des équipements collectifs, des projets de formation et des investissements régionaux.
Une intégration différenciée
L’appartenance à l’UE n’efface pas les différences. Tous les pays PECO n’utilisent pas la même monnaie et leurs niveaux de revenu, leurs spécialisations industrielles ou leurs échanges extérieurs restent variés. L’intégration européenne a néanmoins renforcé les interconnexions grâce aux chaînes de production, à la mobilité des travailleurs, au commerce intracommunautaire et à la coopération transfrontalière.
Ces liens rapprochent les économies sans les rendre identiques. Les trajectoires nationales continuent de dépendre des choix budgétaires, des structures industrielles, des relations commerciales et des priorités politiques propres à chaque État.
Quels enjeux expliquent encore l’intérêt pour les pays PECO ?
Les pays PECO occupent une place stratégique dans l’Union européenne. Leur position entre l’Europe occidentale, les Balkans, la mer Baltique et le voisinage oriental en fait des espaces importants pour les transports, l’énergie, l’industrie et la sécurité. La guerre en Ukraine a renforcé l’attention portée à la protection des frontières orientales, à la diversification énergétique et aux capacités de défense européennes.
- Le rattrapage économique : la hausse du niveau de vie reste un objectif central, même si les écarts entre pays et entre régions demeurent importants.
- La démographie : le vieillissement de la population et l’émigration de certains actifs pèsent sur le marché du travail et les services publics.
- La dépendance industrielle : plusieurs économies sont fortement intégrées aux chaînes de valeur européennes, ce qui crée des opportunités, mais les expose aussi aux ralentissements extérieurs.
- La qualité démocratique : l’indépendance de la justice, le pluralisme des médias et l’équilibre des pouvoirs font l’objet de débats dans plusieurs États.
- La transition énergétique : réduire les dépendances, moderniser les réseaux et concilier sécurité d’approvisionnement et objectifs climatiques restent des priorités.
Parler des pays PECO aide à comprendre une partie de l’histoire européenne contemporaine et les recompositions actuelles du continent. Pour mener une analyse concrète, il faut toutefois dépasser l’acronyme : chaque pays possède ses institutions, ses contraintes et ses choix de développement.